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25/11/2014

Bernard ACCOYER : Oui, la primaire ouverte est gaullienne !

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- Le Figaro, lundi 24 novembre 2014

 

Débats

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« Oui, la primaire ouverte est gaullienne ! »

Pour le député UMP de Haute-Savoie et ancien président de l'Assemblée national, la primaire ouverte pour la désignation du candidat de la droite et du centre en 2017 est indispensable.

« La primaire ouverte, inscrite dans le titre III des statuts de l'UMP pour la désignation du candidat à l'élection présidentielle, est-elle contraire à l'esprit de la Ve République ?

Les institutions voulues par le général de Gaulle en 1958 sont fondées sur le principe de la souveraineté du peuple français pour trancher les grands enjeux politiques et, depuis 1962, pour désigner directement celui qui, porté à la tête de l'État, incarne la nation. Nos institutions reposent sur la volonté que les partis ne confisquent pas le choix des dirigeants du pays, qui revient aux Français.

Aussi est-il singulier de la part des adversaires de la primaire ouverte d'invoquer « l'esprit » de la Ve République pour condamner une procédure démocratique confiant aux Français le soin de désigner celui ou celle qui portera les idées de la droite et du centre à l'élection présidentielle. Serait-il davantage gaulliste de laisser aux partis le soin de désigner par un vote interne, au mieux de quelques centaines de milliers d'adhérents, leurs candidats à l'élection présidentielle, ou même d'accepter une doxa selon laquelle l'élection à la tête d'un parti vaudrait candidature « naturelle » à l'élection présidentielle ? Doit-il revenir aux seuls sondages de présélectionner les candidats plutôt qu'aux citoyens eux-mêmes ?

L'organisation par l'UMP d'une primaire ouverte à tous les citoyens français se reconnaissant dans nos valeurs me paraît être, tout compte fait, la solution la plus respectueuse de l'esprit de la Ve République.

Il s'agit de tenir compte des réalités qui entourent désormais le déroulement de l'élection présidentielle. Naguère, le premier tour servait lui-même de primaire en sélectionnant au sein des grands courants de la vie politique nationale les deux candidats destinés à proposer, au second tour, une alternative permettant à la démocratie de s'exprimer sereinement. Depuis le 21 avril 2002, nous savons qu'une formation ayant vocation à gouverner peut se retrouver exclue du second tour du fait de l'éparpillement de ses candidats. Demain, ce premier tour pourrait bien se transformer en processus de désignation de celui ou celle qui affrontera au second tour la candidate proclamée « anti-système ».

Porteuse d'échec pour la droite en 1981 ou en 1988 et pour la gauche en 2002, la division pourrait se révéler mortelle pour notre famille politique en 2017. Tant il est probable que celui des deux grands courants politiques écarté du second tour serait voué à l'éclatement ou à être supplanté, à terme, par le Front national.

Aussi, devrons-nous, dès l'élection à la présidence de l'UMP passée et parallèlement à la préparation de notre projet, nous atteler à l'organisation concrète de cette primaire ouverte.

Il convient aussi de répondre à quelques critiques émises contre cette procédure. Une primaire ouverte permet-elle réellement de désigner le meilleur candidat, celui qui fera un bon président ? On pourrait répondre avec Churchill que « la démocratie est le pire des systèmes à l'exception de tous les autres ». Surtout, remettre en cause le vote populaire pour la désignation des candidats ne revient-il pas à en contester aussi le principe pour l'élection présidentielle elle-même ?

Une primaire ouverte n'encourage- t-elle pas les formations politiques à se déchirer ? Par le passé, notre famille politique n'a malheureusement pas eu besoin de primaires pour le faire, notamment en 1995. Personne ne souhaite revivre ces épisodes douloureux et je suis sûr que le prochain président de l'UMP aura à cœur que nous préparions l'échéance présidentielle cruciale dans la sérénité. Si le candidat soutenu par l'UMP devait être désigné dans un cadre restreint ou dans des conditions peu transparentes, cela ne manquerait pas de nous exposer au risque de candidatures multiples au premier tour et à un grand risque d'élimination.

Une primaire ouverte ne suscite-t-elle pas des candidatures dépourvues de chance de l'emporter, mais destinées avant tout à établir un rapport de force avec le futur candidat désigné ? La constitution d'écuries présidentielles au sein des formations politiques est malheureusement presque aussi vieille que l'élection présidentielle au suffrage universel elle-même. Une compétition démocratique est encore le meilleur moyen d'arbitrer entre ces ambitions, souvent légitimes si elles sont au service de l'intérêt collectif.

Une primaire ouverte ne met-t-elle pas les formations politiques en situation de campagne permanente ? Il s'agit sans doute ici davantage d'un des effets négatifs de la réforme du quinquennat que l'organisation d'une primaire elle-même. Raison de plus pour que notre formation politique pose des règles claires et démocratiques afin que des millions de nos concitoyens participent à la désignation de celui ou celle qui incarnera nos idées à l'occasion d'une élection présidentielle si décisive pour l'avenir de la France ».

Bernard ACCOYER

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